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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 04:58

 

Divers 0673 bandeau

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Comme le café dans lequel j'ai versé le lait, au loin, à l'ouest, les derniers filaments de la nuit s'accrochent encore dans le ciel dégagé. A l'extrême opposé, le soleil ne tardera pas à dépasser l'horizon. On est déjà dans le jour aéronautique. Avec une qualification jour on peut déjà voler. Ce sera un vol tôt ce matin. L'objectif est d'aller chercher le monde qui se réveille, d'attraper cette lumière rasante du matin d'été, si particulière et révélatrice de la beauté du paysage.

En arrivant sur le terrain, dès la sortie de la voiture, en faisant quelques pas dans l'herbe, la rosée me révèle déjà que la piste sera praticable mais attention à prévoir les quelques minutes de chauffage moteur en plus et de s'élancer dès le premier mètre de la piste. Toutes ces gouttes d'eaux ralentiront un peut mon élancement.

Je passe par le bureau consulter les documents de l'avion et faire un point météo. Mais aucune inquiétude de ce coté. Cet après-midi il faudra prévoir un peu de turbulences, mais ce matin l'aube claire du poète me tend les bras.

Ce moment de calme compte parmi les bonheur simples et vrais. Assis à consulter le carnet de route de l'avion, la porte ouverte, je profite des murmures du terrain qui me parle. Quelques voitures, sur la route principale, passent dans un souffle, les oiseaux se parlent calmement, un air léger fait ondoyer la manche à air du terrain. Il y a un très petit vent de travers, pas de quoi troubler une hirondelle. Juste un poil de manche dans le vent à prévoir.

C'est bon, sans perdre plus de temps je me rends au hangar et je fais glisser les grandes portes sur leurs rails. Face au calme précédent c'est une véritable cacophonie troublant la quiétude des oiseaux proches qui se taisent une seconde. Mais la lumière qui se jettent sur l’avion donne des tons variables de lumière et de pénombre sur la machine encore au repos. Les courbes se dévoilent ainsi que la ligne du fuselage sur le fond sombre du hangar. La calme revenus et le soleil qui éclaire les ailes pourraient me maintenir dans un état de contemplation mais d’autres plaisirs m’attendent et il faut savoir se contenter de ces moments fugace pour avoir le tout.

 

photo11

 

A bord de l’appareil pour les premières vérifications, c’est la fraicheur de la nuit qui m’accueille avec les odeurs de cuirs et de carburants froids. Ce n’est pas désagréable, un peu comme s’assoir dans une belle voiture un peu ancienne.

La check-list effectuée, il est temps de sortir l’avion. En le tirant à l’extérieur, je l’éloigne du hangar. Le soleil qui a commencé son ascension dans le ciel commence déjà à dissiper un peu l’humidité qui subsiste dans l’herbe. Le ciel est toujours resplendissant d’un bleu pâle révélateur d’un petit voile qui sera visible en vol et dont il faudra se méfier face au soleil, tout à l’heure.

 

Pour l’instant, je m'installe à bord et organise mon petit univers pour le décollage. Le démarrage fait fuir des lapins qui cherchaient leurs gourmandises matinales dans les herbes hautes du bord du taxiway. Le moteur chauffe tranquillement et j’effectue les dernières vérifications.

 

Toujours personne en vue.

 

Première annonce à la radio pour annoncer mon roulage jusqu’au point d'arrêt de la zéro-sept. Pas de réponse, je suis toujours seul dans l’espace réduit du terrain. Deuxième annonce, prêt au départ et je remonte la bande de roulement pour m’aligner. Je suis tout à mon décollage, je surveille mon roulage, la température d’huile, les alentours et le sens du vent, les oreilles à l’affut d’un éventuel appareil dans le circuit qui s'annoncerait à la radio. Tout est bon, je m’aligne et vérifie mon conservateur de cap.

 

Plein gaz, le moteur délivre toute sa puissance et mes instruments prennent tous vie. J’accélère de plus en plus. Vitesse de rotation. Je tire légèrement sur le manche et l’avion gagne son élément. Le brouhaha des secousses et de l’accélération sur la piste en herbe se transforme subitement en calme avec uniquement le moteur qui continue son travaille essentiel. Petit palier d’accélération à quelques mètres du sol puis je poursuis mon ascension dans le bleue. 300 pieds, je rentre les volets et éteins la pompe à carburant de secours. Je continue à monter.

 

En sortie de circuit de l’aérodrome, je fais l’annonce à la radio et le ciel est à moi. La jouissance est totale. En tant que petit humain, je transgresse une limite qui m’était imposé par la nature. Je vole. Je contrôle ma trajectoire dans un élément qui n’est pas naturellement le mien. Je peux monter, descendre, virer à droite ou à gauche. Toutes les combinaisons sont possibles. Elles ne dépendent que de moi. Je suis riche d’une sensation, d’une expérience que la nature n’avait pas décidé de me donner d'emblée. Je touche bien à la définition de la richesse; être possesseur d’un bien, d’une connaissance, d’une expérience non essentielle à la vie. Je suis donc incroyablement riche. Et cette richesse me rend invariablement heureux.

 

Mais ma joie ne s'arrête pas là. Maintenant que je suis en dehors du circuit du terrain, je profite plus du spectacle qui se joue devant moi. Le soleil résolument au-dessus de l’horizon caresse les reliefs naturels et humains de ses longs doigts de lumière. Les clochers projètent des ombres de géants et la moindre allée de peuplier devient un peigne de géant qui semble être passé dans les rangs des vignobles. Ici le relief est relativement sobre mais parfois une petite vallée se cache encore à l’abris de la lumière et conserve de petites poches de brouillards matinal accrochées aux arbres. Un pré abrite un troupeau de bovins qui broute l’herbe brillante. Les routes, tantôt rectiligne, tantôt pleines de courbes, créent les liens indispensables entre les villes et villages qui sont posés comme des iles dans un océan terrestre.

 

De retour après ce concert d’images, il me suffit de fermer les yeux et d’allumer le cinéma de ma mémoire pour continuer à profiter inlassablement de ce bonheur, de cette chance, qui m’a été donné. Toutes les heures comportent leurs charmes, mais le petit matin a une brillance qui le distingue du reste de la journée.

 

Divers 3388

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Much like the way I lightened my coffee with milk this morning, far to the west there are still a few dark patches in the clear morning sky. At the extreme opposite, the sun will soon come over the horizon. The aeronautical day has started, with my current qualifications I can fly. It will be an early flight this morning. My goal is to fetch the rising world and catch the skimming morning lights which reveal so much beauty in the scenery.

On arriving at the airfield, as soon as I stepped out of the car, I noticed the dew on the grass after a few steps. The grass strip will be good but I’ll check the engine temperature and start my run at the very beginning of the runway. All those drops of water will slow me down a bit.

I stop by the club office to check the paperwork and the weather. Nothing to dread on that side. This afternoon there will be a few thermals but this morning a clear poet’s sky is waiting for me. This moment of calm counts amongst the simple and true pleasures. At the table going over the planes papers, I take advantage of the airfield talking to me. A few cars going by in a blowing sound, the birds chirping to each other, a gentle breeze is undulating the wind vane. A very small cross wind but nothing to bother a swallow. I’ll just remember to put a little stick in the wind.

All is good, without waiting any further I go to the hangar and slide the big doors on their rails. Compared to the preceding calm it is like a storm of noise troubling the bird songs for a few seconds. But the light now shining inside is playing with tones of light and dark on the still sleeping plane. Its curves and the lines of the fuselage are drawn on the dark background of the hangar. The calm is back and the sun shinning on the wings could keep me in a state of contemplation but other pleasures are waiting for me and one must know how to enjoy the short pleasures to have them all.

Getting on board for the first checks, the fresh night air trapped in the cockpit greets me with the smells of leather and cold gasoline. It isn’t bad, a bit like getting into an old car.

The preflight checklist done, it is time to pull the airplane out. I pull it a bit away from the hangar. The sun climbing in the sky has started chasing the humidity lingering in the grass.  The sky still has that pale blue color, revealing traces of humidity hanging. It will be visible in flight as a hase and later I’ll have to be careful when facing the sun.

 

photo 1

 

For the moment, I climb back on board and start organizing my little universe for take-off. Start up chases a few rabbits who were nibbling in the high grass near the taxiway. The engine is nicely warming up while I do my last checks.

 

Still nobody in sight.

 

First radio call to announce taxiing to holding point runway 07. No answer, I’m still alone in the small world of the airfield. Second message to announce ready for take-off and taxiing up the runway. I completely concentrate on my operations: taxiing, oil pressure and temperature, surroundings for another early bird who might call on the radio. Everything is fine, I line up and check my directional gyro.

 

Full throttle, the engine delivers all its power and my instruments come to life. I accelerate more and more. Rotation speed. I gently pull the stick and the plane enters its element. 

The noise and shaking from the grass airstrip suddenly change to calm with just the sound of the engine doing its essential job. Short level flight for acceleration a few feet above the ground and I continue my climb in the blue. 300 feet, flaps in, fuel pump off. I continue climbing.

Leaving the patern, I call the airfield frequency and the sky is mine. Full and complete enjoyment. As a humble human, I step beyond a limit imposed by nature. I fly. I control my path in an element that isn’t naturally mine. I can go up, down, turn left or right. All combinations are possible. It only depends on me. I am rich with a sensation, an experience that nature had not originally planned on giving me. This is the definition of being rich, to own a good, a knowledge, an experience non essential to life. I am thus incredibly rich. And this wealth invariably makes me happy.

 

But my pleasure does not stop here. Now I’m out of the pattern, I take in the show spread in front of me. The sun, definitely above the horizon, is caressing the natural and man made shapes with its long fingers of light. Church steeples draw giant shadows and any poplar alley becomes a giant’s comb that seems to have been used in the vineyards below. Here the landscape is relatively sober, but sometimes a small valley will be hidden in the shade with a cover of morning fog caught in the trees. A field harbours a pack of cows eating the shining grass. The roads, nice and straight or twisting, create the life lines between the cities and villages posed like land islands.

 

Back at the airfield after this concert of images, all I need to do is to close my eyes and light the movie of my memory to continue enjoying this happiness, this chance that was given to me. All hours have their charm, but the early morning has a briliance that distinguishes it from the rest of the day.


photo12

 

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Published by Patrick Milward - dans ESSAIS
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commentaires

carrillo 12/09/2013 12:30

bonjour
tous cela est joliment dit et donne envie de voler .
manuel

Qualified Quail's Blog 13/09/2013 07:09



Héhé, c'est le but !!!


Merci Manuel



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  • : Le ciel est, pour moi, une inspiration constante. La joie que je retrouve à chaque fois que je vole, que ce soit aux commandes ou non, me comble et me soulage. Dans le ciel je trouve parfois les solutions à mes problèmes, mais quasiment toujours le calme et la sérénité. Je souhaite simplement partager avec vous quelques fruits de mes réflexions.
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