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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 00:00

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Les gestes automatiques, comme la parole, le regard vide, on avance avec comme seule idée en tête de nous asseoir dans le fauteuil et d’attendre que cela se passe. Le seul objectif est d’arriver.

De l’arrivé à l’aéroport jusqu’au confort de l’avion tout n’est que process, automatismes et obligations. D’ailleurs tout y contribue: l’enregistrement, le transport du domicile, la sécurité, l’embarquement. Cet état fait de nous des rouages d’un système plus large relativement robotisé.

 

Cependant !

 

Une fois installé dans notre fauteuil on peu enfin reprendre le contrôle de son esprit et se laisser aller à voir ce qui se passe autour de soi et plus particulièrement dehors.

Le hublot est petit, souvent rayé et parfois sale, mais bien assez grand pour prendre en compte l'énormité de ce que l’on voit.

 

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L’oeil se pose naturellement sur les allers et venues des mastodontes de l’air. Ils sont impressionnants, titanesques. Des jouets de géants. Néanmoins, si l’on fait attention aux détails, on verra rapidement l'activité grouillante au pieds des cétacés de l’air.

 

Tels de grands sportifs qui sortent de compétitions, lorsqu’ils arrivent ils sont assaillis par les soigneurs. Ils perdent leur autonomie pour se donner complètement à l’anticipation de la course suivante. 

 

Comme un arrêt au stand pour une Formule 1, l’attention se focalise d'abord sur cet homme si petit face à l’avion, et pourtant il le guide jusqu’à lui. Il l’attire, confiant en sa capacité de l'arrêter au moment opportun. L’agent de piste avec baguettes magiques en main va faire signe à l’avion et le guider à l’emplacement parfait qui rendra possible les autres métiers. L’objectif est que l’avion retourne dans son élément le plus rapidement possible. 

 

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Une fois arrêté, tout se précipite. La sécurité avant tout, puis pendant que dans l’avion l’équipage guide les passagers vers la sortie, au pied de celui ci les engins se présentent. La passerelle de débarquement, la rampe pour les bagages, la voiture du personnel d’entretiens. Et c’est la course qui commence. Chacun a parfaitement conscience de sa tache et de la manière de l’effectuer. 

 

Une fois les passagers débarqués les responsables de l’entretien s'engouffrent par la passerelle pour nettoyer l’avion. Les bagagistes vides les bagages et palettes de marchandises de la soute pour les charger sur ces petites remorques attachées comme sur un train. Une fois vidé le train suivant arrive déjà pour charger les bagages des passagers au départ. En même temps, les engins élévateurs se sont positionnés aux portes pour permettre le chargement des galleys en nourriture et boissons.

Il ne faut que quelques minutes pour que tout cela se déroule.

 

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Arrive ensuite l’équipage pour le vol. On le sait car l’un d’entre eux va faire le tour de l’avion. Assurer les vérifications nécessaires avant de pouvoir partir.

Et puis il y a le pétrolier qui arrive avec son camion pompe. Il branchera un tuyau sur le système d'approvisionnement souterrain et un autre à l’avion. Ainsi le camion pourra transférer des milliers de litres de carburants en quelques minutes.

 

C’est presque terminé, le tracteur est en place et l’agent de piste est de retour. Il se connecte avec un casque au poste de pilotage pour garantir que toutes les consignes soient bien partagées. Un tracteur, où plutôt un «pousseur» dans ce cas, se connecte à l’avion pour le repousser sur le taxiway. L’agent de piste l’accompagne jusqu’au bout, coordonnant toute l’opération et s’assurant que l’avion ne risque pas de heurter un obstacle. Une fois l’avion en place sur son aire d’évolution, l’agent se déconnecte, et d’un dernier signe de la main en direction du cockpit il passe la main.

 

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Il n’est pas rare que tout ceci se déroule en quelques dizaines de minutes. La ponctualité du système en dépend. Hiver comme été, sous la pluie où la neige, où sous le soleil brulant. C’est une prouesse, c’est une mécanique de précision et c’est une valse en même temps. Fascinant !

 

Ces hommes et ces femmes se jettent ainsi dans un milieu fondamentalement hostile et ainsi nous pouvons arriver à l’heure à l’autre bout de la France ou du monde. On n’y pense pas, la plupart du temps on ne les voit pas.

Et pourtant ! Et pourtant, ce sont des Hommes en Jaune.

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Published by Patrick Milward - dans GENS DE L'AIR
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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 00:00

Des-Hommes-et-des -Ailes 6275

Ils sont absolument invisibles pour la grande majorité d’entre nous. On ne les voit pas. Si vous êtes un habitué des petits terrains d’aviation vous aurez plus de chance de les croiser. Si vous êtes pilotes d’aéroclub vous aurez même des échanges réguliers avec eux. Autrement non.

 

En tant que passager des lignes commerciales vous ne les verrez jamais. Sauf pour l’éventuel intervention rapide possible sur le tarmac. Mais c’est rare, et même s’il y a une intervention, comme les passagers sont aujourd’hui tous considérés comme des terroriste en puissance, on est généralement derrière des murs loin des avions au moment ou cela arrive.

 

Pour ce qui me concerne, j’ai la chance de les croiser régulièrement. Ils sont occupés et ils ont toujours un travail en cours et pourtant ils se rendent disponibles pour traiter rapidement nos problèmes.

 

Pour commencer, il faut savoir que leur action est vitale à notre activité. Sans eux, pas un seul avion ne pourrait décoller. Ils œuvrent sans relâche pour que, de l’Airbus A380 au petit Robin DR400, nos avions soient légalement et techniquement autorisés à voler.

 

Pour qu’un avion puisse voler durablement il est nécessaire de s’en occuper. Les cavaliers disaient souvent «qui veut aller loin doit ménager sa monture». Pour les pilote ce dicton deviendrait: «qui veut voler loin, doit faire son entretien».

Les pilotes sont tous habitués et formés dés leur première heure d’enseignement à signaler la moindre anomalie sur l’avion qui pourrait nuire à la sécurité des vols. Et puis il y a les entretiens obligatoires à des rythmes imposés selon le type d’avion et sa motorisation. Tout cela entraine immanquablement une quantité d’actions importantes.

Une banale vidange d’un petit monomoteur va être l’occasion de vérifier les organes moteurs invisibles en tant normal. On est loin du simple dévissage d’un bouchon sur une voiture.

Des-Hommes-et-des -Ailes 6272

Et la grande visite alors !

Pour la grande visite l’avion est complètement dépouillé pour dévoiler chaque organe, chaque faisceau électrique ou hydraulique. Le moindre recoin est mis à jour. On parle de centaines d’heures de travail cumulé pour un gros porteur. Les talents des mécaniciens sont largement sollicités pour cette opération.

 

Le travail se fait dans des hangars, avec des grandes portes et des murs en tôles. Vous me voyez venir ! Froid en hiver, chaud en été et des courants d’air tout le temps. Pas vraiment des conditions de travail de bureau.

 

Mais cela dit on est encore loin du compte. Il faut, l’administration moderne aidant, que nos mécaniciens soient des champions de la classification, de l’archivage et du remplissage de documents administratifs. Le suivi administratif d’un avion est plus détaillé et plus complet que note propre carnet de santé. Vraiment beaucoup plus. Au moindre événement, il est ainsi possible de suivre la documentation de la totalité de la vie de l’appareil, chaque intervention, la moindre vidange.

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J’ai presque oublié. N’allez pas imaginer le banal mécanicien avec tout juste un certificat d’étude et formé à l’atelier par ses paires. Aujourd’hui ils subissent une formation normée et des examens détaillés. Ils sont certifiés et doivent se soumettre à des contrôles réguliers.

 

Les mécaniciens sont donc bien essentiels à nos voyages et à nos plaisirs. Tellement essentiels que le grand Didier Daurat, de la célèbre Aéropostale, les considérait comme l’âme de la ligne. Aucun nouveau pilote ne pouvait échapper à un petit séjour obligatoire dans les ateliers mécaniques. Objectif: apprendre à respecter les avions et, à travers eux, les mécaniciens. Même Mermoz, même Guillaumet, même Saint Exupéry. Ils ont tous passé des jours à nettoyer des pièces moteur et à entretenir des avions. Tout pilote chevronnés qu’ils étaient déjà en entrant à la ligne.

 

Les mécaniciens sont l’âme de notre activité car ils touchent à l’âme des appareils. Comme une âme ils sont souvent invisible, comme une âme ils sont la différence entre le banal et l'extraordinaire. Comme une âme ils permettent de pousser les limites du quotidien.

 

Ils peuvent donc être fier de leurs mains souvent sales et de leurs combinaisons de travail.

Ils nous prêtent leurs avions pour que nous puissions explorer le monde. 

Ils sont le cœur de l’aviation.


Ils sont NOS Hommes en Bleu.

Des-Hommes-et-des -Ailes 6292

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Published by Qualified Quail's Blog - dans GENS DE L'AIR
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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 00:00

 Hommes-et-Ailes 0309

Un mardi matin. Tôt ! Trop tôt !

Le réveil a déchiré mon sommeil et jeté sous une douche qui, à cette heure, n'est jamais à la bonne température. Après ce ne sont que des gestes automatiques et maintes fois répétés. Pour arriver à la porte du box tel un robot.

Petit moment de lâcheté. Je tire la voiture de ses rêves de Monza aussi brutalement que je le fus de mes rêves de vol. C'est petit ! Je sais.

Et puis la route en direction de l'aéroport. La perspective est plaisante mais les synapses ne sont pas encore toutes complètement établies et des vestiges de léthargie subsistent.

Après le cérémonial du parking c'est avec une certaine délectation que je suis avalé par l'aérogare. Aujourd'hui Paris Orly Ouest. Quelque soit l'heure, c'est toujours un plaisir.

 

La chorégraphie est toujours la même, mais je vous en ai déjà parlé. Ce sont les passagers qui m’intéressent ici et un type de passager bien particulier : l’impatient.

 

Enregistrement effectué depuis mon smartphone préféré la veille, c’est le cœur léger que je me présente pour les contrôles de sécurité avant la porte d’embarquement. Et c’est là que va s'épanouir le personnage principal de cette histoire.

Campons d’abord la scène. Orly Ouest, hall 2, 6h20 du matin. La zone de contrôle représente un vaste rectangle avec un premier accès donnant sur un long serpentin de file d’attente pour les passagers lambdas, et un portique pour un accès rapide aux passagers Premium. Jusque-là, c’est très classique. 

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Ayant la grande chance de voyager régulièrement, je possède très avantageusement ce statut Premium qui me donne un "laissez passer" à la file rapide. Mais, car il en faut un, c’est l’heure de pointe et même cette file ci à un peu d’attente. Rien de très fâcheux puisque deux portique nous sont réservés. 

A ce moment, alors que je suis en train d’étaler mes affaires dans les bacs à cet effet pour le passage au rayon, une voix s’élève quelques mètres derrière moi.

« Mais ce n’est pas l’organisation habituelle ! Ce n’est pas normal ! Pourquoi n'y a-t-il qu'une file d’attente ? Ce n’est pas comme d’habitude ! Il faut ouvrir une autre file pour les Priority !»

Forcément, je me retourne pour voir de moi-même la source de ce trouble à notre tranquillité matinale.

Maintenant, je suis certain que dans votre esprit l’image du perturbateur se forme déjà. Cette fois ci il s’agit d’un homme (ne riez pas mesdames je pourrais tout aussi bien faire le portrait d’une femme, j'ai des exemples). Jeune quadra d’environ 1 mètre 75, brun, plutôt maigre avec des lunettes étroites de look plutôt moderne. Aspect général relativement quelconque. En règle général, le type de personnage que l’on ne remarquerait même pas s’il ne faisait pas de bruit. C’est là qu’est l’os hélas (merci Monsieur Oury), ce monsieur a un besoin immodéré de reconnaissance. Et il fait donc du bruit. Et je le vois donc penché à 45° à gauche pour pouvoir dépasser de la file et être bien visible et audible. Et il y arrive très bien car en quelques secondes il en est déjà à la troisième répétition des même paroles, avec un volume sonore en augmentation.

Son intention initiale n’est pas immédiatement claire, au-delà du fait qu’il souhaiterait passer plus vite. Plus vite en général, et plus vite que les autres en particulier. Mais, bénéfice du doute aidant, on pourrait presque croire qu'il veut que cela avance pour tout le monde. Sans exagération tout de même, car il n'a pas l'apparence d'un altruiste.

L’agent responsable du bon déroulement des opérations s’enquièrt très vite de ce qui trouble ce Monsieur et c’est là que l’on découvre qu’en fait, il n’est pas Premium du tout mais qu’il est passé sous le cordon pensant pouvoir aller plus vite car il vient d’entendre le dernier appel pour l’embarquement de son avion.  Voyant que même la file Premium a de l’attente en heure de pointe le trouble donc.

Robots 04

Pensant avoir réellement à faire à une urgence, et pensant rendre service, l’agent invite ce monsieur à passer devant tout le monde pour être certain. Fort de ce blanc-seing, le voilà qui dépasse sans ménagement l’ensemble des passagers devant lui, non sans un peu de bousculade.

Bien évidemment, étant autorisé à dépasser ceux qui s’étaient levés à l’heure, dans l'esprit de l'impatient, il est aussi dispensé de toute nécessité de politesse. Que ce soit en bousculant une jeune femme devant lui, en cognant un autre passager avec son sac et même en bousculant mes affaires pour récupérer un bac en plastique. C’est à ce moment que le vieux réac qui sommeille en moi s’est résolument réveillé.

Après un rappel des règles de politesse élémentaires et un point sur l’avantage d’un réveil de qualité dans la préparation d’un voyage, ce passager peu urbain me confirme que ces règles ne s’appliquent pas à lui car « je suis autorisé à doubler et mon vol est en dernier appel ». Sur ce fait, il termine son action en doublant les deux derniers passagers qui obstruaient sa trajectoire et jette ses affaires dans le scanner.

Fin de l’histoire ?

Bien sûr que non, bien entendu !

Ayant moi-même enfin sacrifié aux usages de la sécurité, je retrouve notre passager en salle d’embarquement tranquillement installé et attendant le même vol que moi. Le premier appel à l’embarquement se ferait dix minutes plus tard …

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Published by Patrick Milward - dans GENS DE L'AIR
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  • : Le ciel est, pour moi, une inspiration constante. La joie que je retrouve à chaque fois que je vole, que ce soit aux commandes ou non, me comble et me soulage. Dans le ciel je trouve parfois les solutions à mes problèmes, mais quasiment toujours le calme et la sérénité. Je souhaite simplement partager avec vous quelques fruits de mes réflexions.
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